Aux travailleurs décidés, au futur antérieur.

Ricardo Seldes - Président de l'AMP
28 août 2026

L’histoire de la psychanalyse s’écrit au futur antérieur. Lacan le formule dans Discours de Rome: “Ce qui se réalise dans mon histoire, n’est pas le passé défini de ce qui fut puisqu’il n’est plus, ni même le parfait de ce qui a été dans ce que je suis, mais le futur antérieur de ce que j’aurai été pour ce que je suis en train de devenir”.1 Dans l’érotique du temps, il ne s’agit ni d’accélération ni de synchronie parfaite, mais du temps nécessaire pour qu’une parole produise ses conséquences.

L’École naît d’un appel aux travailleurs décidés: une décision éthique de soutenir la formation et d’assurer la reconquête du Champ freudien. Cette orientation trouve dans le transfert de travail la cause d’une transmission qui s’effectue d’un à un, et que nous cherchons à vérifier au cœur même de chaque fin d’analyse.

Mais la passe introduit un déplacement. La fin de l’analyse ne consolide pas une identification collective ; elle produit ce que Lacan appellera les épars désassortis. La chute des identifications n’éteint pas le travail : elle en modifie la cause. Le transfert ne se soutient plus seulement de l’amour du savoir, mais du réel singulier que chaque enseignement de passe introduit dans l’École.

Les épars désassortis, seuls à l’égard de toute totalité, mais décidés à relancer le travail de l’École, ne succèdent pas aux travailleurs décidés : ils révèlent ce que cette décision impliquait dès le début.

Ainsi, plutôt que d’hériter d’un passé, ils a(r)ment le présent.


1 Lacan, J. « Fonction et champ de la parole et du langage », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 300

* Traduction: Guillermina Laferrara
* Relecture: Léa Hylak