Travail D’école et Action Lacanienne

Christiane Alberti 
13 mars 2026

Récemment, Jacques-Alain Miller posait la question « Que veut l’école ? Et d’abord : quelle École l’École veut-elle être ?»1. Le contexte de cette question est à situer dans un moment de combat de l’ECF contre un amendement qui attaquait spécifiquement et brutalement la psychanalyse qui fut l’occasion d’un combat  mené dans et par l’ECF. D’autres attaques sont venues par la suite confirmer cette offensive ouvertement anti-psychanalyse, s’agissant notamment du traitement de l’autisme.  

Quelle école voulons-nous qui soit une école au service de la psychanalyse d’orientation lacanienne, qui assure les conditions de son existence ? La question peut être entendue comme celle de l’articulation du travail d’école à l’action lacanienne.

La mobilisation nécessaire, le feu de l’action peuvent à l’occasion nous faire perdre de vue à quel point la psychanalyse est nouée à la politique. C’est une erreur de vouloir opposer l’arbre vert de l’expérience analytique à la grisaille de l’action aux allures guerrières.

Le texte de Lacan «La direction de la cure» nous offre, pour commencer, une boussole pour s’orienter en la matière. Au coeur de l’expérience, Lacan situe la politique à travers l’action de l’analyste. «son action sur le patient lui échappe avec l’idée qu’il s’en fait, s’il n’en reprend pas le départ dans ce par quoi elle est possible, s’il ne retient pas le paradoxe dans ce qu’elle a d’écartelé, pour, réviser au principe la structure par où toute action intervient dans la réalité» (p. 589-590, Écrits).Lacan distingue ici la politique comme ce qui traite des finalités de l’analyse et situe le niveau opératoire de l’analyste, les effets de son action dans le rapport à l’être. Ainsi pour Lacan, nulle opposition, nulle antinomie entre politique et psychanalyse. Bien au contraire il inscrit la politique au coeur de l’expérience.

C’est bien depuis cette expérience, depuis ce lien social tout à fait original qu’est celui de la cure, qu’une position est requise pour préserver la propagation du discours analytique. Elle engage les analystes dans l’action et certainement pas dans une observation passive du spectacle du monde. L’action y demeure au service du discours analytique, de même que l’école est un moyen au service de ce discours : voilà ce qui fonde une cause. Ici, la cause analytique met en jeu un rapport à l’idéal nécessairement. Les signifiants mobilisés sont certes lestés de leur poids d’imaginaire, mais peut on s’en passer ?

Lacan se disait réaliste, au sens de la logique. Il trouve chez Hegel le principe disons d’un «réalisme supérieur» qui consiste à s’attacher aux conditions concrètes, pratiques, de réalisation de la chose à atteindre. Dans le contexte présent, se demander à quelles conditions l’expérience analytique est possible. En somme, tirer les conséquences d’un contexte donné, étudier précisément le rapport de forces en jeu et juger de l’action à mener. Choisir de s’inscrire dans le mouvement de la démocratie (et non pas de s’en extraire au nom de l’extraterritorialité de la belle âme psychanalytique), et depuis ce lieu du débat, introduire une subversion. Comme la psychanalyse tend à désidéaliser le politique, son influence est celle d’une contagion par la cause du désir.

1 _Tutti quanti, L’École-débat n°13.